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Il sait que c’est le matin. Il ne saurait dire comment il le sait, mais il ne se trompe jamais. Il se réveille tous les jours à peu près à la même heure que la veille. Il a pris le rythme.
Il se souvient, au début, il ne se levait pas. Il avait encore un peu peur. Avait-il rêvé et tout ce qu’il avait découvert la veille avait-il disparu ? Le vélo rouge, et les voitures télécommandées ? La chaine stéréo sur laquelle il appuyait à longueur de journée pour lancer les musiques qu’il aimait maintenant retrouver ? Le gros coussin orange sur lequel il aimait s’asseoir pour regarder son dessin animé préféré ? D’autres fois il faisait durer le plaisir, pour être certain qu’il était toujours là, dans cette drôle de maison où les cris résonnaient à longueur de journée et où il découvrait tant de choses.
Le jour pointait, et lui restait allongé de tout son long dans son petit lit bleu. Il attendait. Autour de lui la couette avait glissé au sol, ses amis en peluche jouaient à cache cache au milieu des jeux, la veilleuse avait été éteinte et son oreiller avait rejoint ses pieds. A moins que ce ne soit l’inverse. Quelques uns de ses rêves restaient accrochés aux rideaux renforçant l’impression un peu floue que tout n’avait peut être été qu’un rêve.
Il tentait de reconnaître les bruits venus de la cuisine où la vie reprenait ses droits. Il y avait d’abord la cafetière qui ronronnait. Puis la porte du frigo qu’on ouvrait et enfin le bruit du micro ondes. Il y avait le bruit des rideaux glissant sur la tringle en fer et le miaulement d’un chat affamé. Il pouvait reconnaître la voix de papa et celle de maman. Il savait que ces deux voix allaient chuchoter en tête à tête quelques minutes de leur accent chantant qu’il avait fait sien. Puis il y aurait le bruit de l’eau dans la douche. Alors, les sons se transformeraient en odeur. Celles du savon et du déodorant qu’il sentait dans le cou de papa quand celui ci le prenait dans ses bras, celle du pain grillé et son odeur acre qu’il n’aimait pas beaucoup. S’il restait couché un peu plus longtemps ce serait l’odeur de maman qu’il aimait par dessus tout, au point de lui demander d’en vaporiser sur son doudou.
Sur le plafond au dessus de son lit des lueurs dansaient avec des ombres. Il s’inventait une histoire. Il ouvrait et refermait les yeux pour voir si quelque chose changeait. Dans le couloir la symphonie des allées et venues aurait commencé. Il y avait Ariane qui était passée devant sa chambre, et puis Victor qui avait pris la direction du bureau. Une cavalcade de pas d’animaux, et puis le silence à nouveau.
S’il attendait quelques instants de plus, maman serait seule à la grande table, faisant danser ses doigts sur le clavier de son ordinateur. Les autres auraient rejoint leurs activités quotidiennes. On lui parlait de travail, de bureau, de collège et de lycée, dont il ne connaissait que les grilles devant lesquelles parfois il se tenait debout jusqu’à ce que la cloche sonne. A une heure aussi matinale, maman serait là. N’est ce pas qu’elle serait là. Assise. En silence. Lui tournant le dos. Il avait compris que pour qu’elle l’entende il fallait qu’il claque fortement ses pieds au sol. Alors seulement elle l’entendrait arriver. Elle se retournerait. Elle lui sourirait et sa voix dirait des mots qu’il savait maintenant reconnaître entre tous. Quelques mots d’amour rien que pour lui. Elle ne bougerait pas mais ouvrirait ses bras tout grand. Alors il irait bien vite s’y lover quelques minutes jusqu’à ce que son cœur soit rassuré. Elle ne lui avait pas menti hier soir quand elle l’avait couché.
Elle était là.
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